À l’heure où les langues africaines font l’objet d’un intérêt croissant dans les politiques publiques, les systèmes éducatifs et les stratégies d’inclusion, l’ancien dirigeant de Shelter Afrique, ex-haut responsable de la Banque africaine de développement et ancien Directeur général par d’Africa50,
Alassane Ba, apporte sa contribution à cet effort de valorisation linguistique avec la publication d’un ouvrage inédit : Lexique spécialisé Banques/Finances Français-Pulaar.
Bien plus qu’un simple recueil terminologique, ce travail constitue une tentative méthodique de transposer dans une langue africaine des concepts parmi les plus sophistiqués de l’économie moderne, de la comptabilité, de la banque et des marchés financiers. Son auteur n’est pas un novice. Banquier d’investissement fort de trente-sept années d’expérience, ancien directeur général de Shelter Afrique, ancien conseiller du vice-président Infrastructure et Secteur privé de la Banque africaine de développement, il a également dirigé Africa50, dont il a accompagné la levée fondatrice de 830 millions de dollars auprès des États africains actionnaires, une opération qui demeure à ce jour la plus importante mobilisation de capitaux de l’institution panafricaine dédiée au financement des infrastructures.
L’ouvrage est d’autant plus remarquable qu’il s’adresse à une langue parlée par des dizaines de millions de locuteurs répartis sur l’ensemble du Front intertropical africain, d’Est en Ouest, de la vallée riante du fleuve Sénégal jusqu’aux zones troublées du Darfour et du Sud-Soudan. Malgré cette dispersion géographique considérable – près de huit heures de vol d’avion séparant certaines communautés – le pulaar économique conserve une étonnante unité. Une forme de marché linguistique commun qui a survécu aux frontières héritées de la colonisation.
Cette unité se retrouve dans les termes retenus par l’auteur. L’un des exemples les plus évocateurs est sans doute « Hore Jawdi », proposé pour désigner le capital. Les connaisseurs y reconnaîtront immédiatement l’empreinte du célèbre « Ras El Maal » arabe, littéralement « tête de la richesse », dont il constitue une remarquable adaptation sémantique. Une illustration de ces circulations intellectuelles et commerciales qui, depuis des siècles, relient les espaces sahéliens au monde arabo-musulman.
Le lecteur découvre également une multitude d’équivalences révélatrices de la richesse de la langue. Le produit intérieur brut devient « dañal e nder leydi », l’investisseur « jeñtinoowo », l’entrepreneur « paggotooɗo », tandis que le crédit est traduit par « ñamaande ». L’auteur s’attaque également à des notions beaucoup plus complexes comme la titrisation, le refinancement bancaire, les eurobonds, la gouvernance d’entreprise ou encore la finance islamique, démontrant ainsi que le pulaar possède les ressources nécessaires pour accueillir les concepts les plus contemporains de la finance mondiale.
Le travail réserve parfois des surprises. Dans bien des cas, il sera probablement plus facile pour un locuteur pulaarophone de comprendre le terme anglais « Share » que le mot français « action ». Une observation qui rappelle que les langues vivent par l’usage davantage que par les prescriptions académiques. Le commerce, les migrations, les réseaux numériques et les échanges internationaux façonnent désormais le vocabulaire économique aussi sûrement que les institutions.
Dans une introduction nourrie de réflexions linguistiques et historiques, Alassane Ba plaide pour que les experts africains entreprennent le même effort dans leurs domaines respectifs afin de constituer un patrimoine terminologique capable de servir de base à l’enseignement des sciences, de l’économie et des technologies dans les langues nationales. Pour lui, comme pour de nombreux défenseurs de la souveraineté linguistique, le développement ne se résume pas à la mobilisation des capitaux. Il passe aussi par la capacité des sociétés à transmettre le savoir dans les langues qu’elles maîtrisent le mieux.
Avec ce Lexique spécialisé Banques/Finances Français-Pulaar, Alassane Ba ne publie donc pas seulement un dictionnaire. Il ouvre un chantier intellectuel ambitieux : celui de l’appropriation de la finance moderne par les langues africaines. Une œuvre utile, rigoureuse et visionnaire qui rappelle qu’avant de financer le développement, il faut parfois commencer par lui donner les mots pour se penser lui-même.
https://www.financialafrik.com/2026/06/10/finance-et-langues-africaines-alassane-ba-publie-le-premier-lexique-bancaire-et-financier-francais-pulaar/
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Kaw Oumar Sarr